Pourquoi les touches F et J sont-elles munies de repères tactiles, et pourquoi le clavier a-t-il cette apparence ?

Captain Ratatype · 01 Juin 26 · 6 min de lecture · 18889 vues

Si vous faites glisser le bout de vos doigts sur la rangée de base d’un clavier, vous remarquerez deux petits repères tactiles sur les touches F et J. Chaque jour, des milliards de personnes les utilisent sans vraiment y prêter attention. Pourtant, ces marques discrètes sont le fruit de nombreuses années de réflexion ergonomique, de l’histoire fascinante qui a façonné la disposition QWERTY et d’un principe essentiel pour répondre à une question bien simple : comment apprendre à taper plus vite sans avoir à regarder les touches ?

C'est quoi les petites bosses sur le clavier et à quoi ça sert

Le nom officiel de ces petites bosses, c'est indicateurs tactiles de position de repos. Elles sont là pour marquer les touches F et J comme point de départ pour les index de chaque main. Avec les autres touches de la rangée de base — A, S, D, F pour la main gauche et J, K, L, ; pour la droite — elles forment ce qu'on appelle la rangée home : la position de départ d'où partent tous tes mouvements quand tu tapes.

Clavier avec code de couleurs par doigt

Le principe est ben simple : si tes doigts savent toujours où est leur « chez-eux », tes yeux peuvent rester rivés sur l'écran sans avoir à checker le clavier. C'est là que la dactylographie à l'aveugle entre en jeu — une technique qui te permet de pogner pas mal plus de vitesse et de faire moins de fautes.

Quand tu lèves les mains du clavier — pour prendre ton café, te gratter le nez ou replacer tes lunettes — et que tu reviens, tes doigts n'ont pas besoin de regarder pour retrouver leur place. Ils sentent juste les bosses sur F et J et se replacent tout seuls au bon endroit. Ce réflexe-là se développe assez vite, et avec le temps tu fais ça sans même t'en apercevoir.

Les index sont les doigts les plus forts et les plus dégourdis. C'est pour ça que les points de repère ont été mis sur F et J : à partir de là, t'as un accès facile à la grande majorité des lettres que tu utilises le plus souvent.

Comment la bonne posture des mains fonctionne et pourquoi ça te fait taper plus vite

En dactylographie à l'aveugle, chaque doigt a son propre territoire sur le clavier. L'auriculaire gauche s'occupe du A, l'annulaire du S, le majeur du D, et l'index du F et du G. Du côté droit, l'index couvre J et H, le majeur K, l'annulaire L, et l'auriculaire le point-virgule et tout ce qui suit. Les deux pouces, eux, partagent la barre d'espace.

Bonne posture des mains sur le clavier

Cette répartition-là, c'est pas par hasard. Ça fait en sorte que les doigts se promènent le moins possible et que la job est répartie également entre les dix doigts. Quelqu'un qui tape correctement depuis la rangée de base fait ben moins de mouvements inutiles que quelqu'un qui chasse les touches avec deux ou trois doigts comme s'il tapait sur son cellulaire.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : la vitesse moyenne de quelqu'un qui tape à deux doigts se situe entre 27 et 40 mots à la minute. Un utilisateur qui maîtrise vraiment la dactylographie à l'aveugle avec la bonne posture tape facilement entre 70 et 90 mots à la minute, et certains se rendent à 120 ou plus. La différence est énorme, et ça vient juste du fait que les doigts savent où ils sont sans avoir besoin des yeux.

Regarde notre guide vidéo pour taper plus vite.

Les origines du clavier QWERTY : toute l'histoire

Pour comprendre pourquoi le clavier est arrangé de même et pas autrement, faut remonter dans les années 1860. Dans ce temps-là, « taper vite » voulait dire quelque chose de ben différent — des marteaux mécaniques, de l'encre et du papier.

1868 — la première machine à écrire commerciale

Christopher Latham Sholes, un journaliste et inventeur américain, a obtenu un brevet pour une machine à écrire avec son associé Carlos Glidden. Les premières versions avaient les touches en ordre alphabétique ou à peu près n'importe comment selon le modèle. La machine existait déjà, mais un clavier vraiment pratique, c'était encore loin d'être au point.

Le gros problème avec ces machines-là, c'était mécanique : chaque touche était attachée à un petit marteau de métal qui frappait un ruban d'encre pour laisser une marque sur le papier. Si la dactylo — et dans ce temps-là c'était surtout des femmes — appuyait sur deux touches proches trop rapidement, les marteaux se rentraient dedans et bloquaient toute la machine. Une vraie catastrophe quand t'avais des documents importants à produire.

1873 — la naissance du QWERTY

Sholes a passé plusieurs années à retravailler la disposition du clavier. Son raisonnement était le suivant : si les lettres qui se retrouvent souvent côte à côte dans les mots anglais sont placées loin l'une de l'autre, les marteaux ont le temps de revenir à leur place entre les frappes. Il a analysé quelles combinaisons de lettres revenaient le plus souvent et a séparé les « paires à problèmes » sur des mains différentes ou des zones différentes du clavier.

C'est comme ça qu'est née la disposition qu'on connaît aujourd'hui. La première rangée — Q W E R T Y U I O P — lui a donné son nom. C'était pas parfait côté ergonomie, mais ça réglait le problème principal de l'époque : les marteaux qui se bloquaient.

1878 — Remington produit le QWERTY en masse

Sholes a vendu ses droits à la compagnie Remington — oui oui, celle qui faisait des fusils. Après la guerre de Sécession, Remington cherchait quoi faire avec ses usines et a misé sur les machines à écrire. Elle a investi gros dans la production et le marketing, et le QWERTY a commencé à se répandre aux États-Unis, puis partout dans le monde.

L'effet de réseau a fait sa job : plus les gens apprenaient sur un clavier QWERTY, plus la demande pour ces machines augmentait. Plus les machines se vendaient, plus les écoles enseignaient cette disposition-là. Impossible d'arrêter cette roue-là une fois qu'elle était partie.

Le mythe de l'inconfort voulu

Il y a des gens qui disent que Sholes a fait exprès de rendre le QWERTY inconfortable pour ralentir les dactylos et éviter les blocages. C'est une belle légende, mais c'est faux. D'abord, Sholes voulait pas ralentir personne — il cherchait à régler un vrai problème technique. Ensuite, pour ce que ça devait faire à l'époque, le QWERTY était une solution ben correcte : ça répartissait le travail sur les deux mains et ça réduisait les blocages.

Le hic, c'est que la logique des marteaux mécaniques de 1870 a aucun sens pour un clavier électronique en 2020. Les marteaux existent plus. Mais le QWERTY, lui, est resté.

1936 — Dvorak propose quelque chose de mieux

August Dvorak, un psychologue et pédagogue américain, a fait des recherches ben poussées sur les mouvements des doigts lors de la frappe et a conçu une disposition alternative — le clavier simplifié Dvorak. Il a mis les voyelles les plus utilisées (A O E U I) sur la rangée de base de la main gauche, et les consonnes les plus fréquentes (D H T N S) sur celle de la droite. Résultat : sur un clavier Dvorak, tes doigts se déplacent à peu près deux fois moins loin que sur un QWERTY.

Dvorak a obtenu son brevet, a fait ses études, a prouvé que sa disposition était meilleure. Et il a perdu pareil. Pas parce que son clavier était moins bon, mais parce qu'en 1936, le QWERTY avait déjà formé des générations entières de monde. Réentraîner tout le monde, ça aurait coûté trop cher et fait trop mal.

Aujourd'hui : le QWERTY pour toujours ?

Les alternatives modernes au QWERTY — Dvorak, Colemak, Workman, Bépo pour le français — sont vraiment plus ergonomiques si tu mesures ça objectivement. Mais les études montrent que quelqu'un qui maîtrise bien le QWERTY et qui switche au Dvorak gagne juste quelques pourcents de vitesse après des mois de réapprentissage. Pour la plupart du monde, ça vaut juste pas la peine.

Le QWERTY reste le standard à cause de ce que les économistes appellent la dépendance au sentier. Une décision prise en 1873 à cause de petits marteaux mécaniques détermine encore aujourd'hui comment des milliards de personnes interagissent avec leurs ordis, leurs cellulaires et leurs tablettes.

Comment les bosses sur F et J t'aident à apprendre à taper plus vite

Revenons aux bosses. Si t'as envie d'améliorer ta vitesse de frappe — que ce soit pour le travail ou pour que tes doigts suivent le rythme de tes idées quand t'écris — les petites bosses tactiles sur F et J deviennent ton premier point d'ancrage.

Ferme les yeux, lève les mains du clavier et replace-les. Trouve F et J juste au toucher, sans regarder. C'est là que commence la mémoire musculaire qui va, avec le temps, faire du clavier une extension naturelle de tes mains.

La première semaine de pratique, c'est la plus tough. Ta vitesse baisse, tes doigts se mélangent, et t'as constamment envie de regarder en bas. Mais c'est exactement là que les bosses sur F et J font leur travail le plus important : elles donnent à tes doigts un point de repère pour pas se perdre.

Si tu veux savoir où t'en es avec ta vitesse de frappe ou commencer à apprendre la méthode à l'aveugle — l'entraîneur Ratatype peut t'amener là étape par étape, à partir de zéro, gratis. Commence par la rangée de base : mets tes doigts sur A S D F et J K L ;, sens les bosses sur F et J — et c'est parti mon kiki.

On commence à apprendre !

Références

  • hagley.org
  • britannica.com
  • wikipedia.org
  • hackaday.com

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